D'où viennent les fleurs vendues en Suisse ?

La question revient souvent au comptoir : ces roses, elles viennent d'où ? La plupart des réponses disponibles en ligne sont des estimations de branche, reprises d'un article à l'autre sans chiffre vérifiable. Pourtant la donnée existe et elle est publique. La douane suisse enregistre chaque mois, par numéro de tarif et par pays partenaire, les quantités et les valeurs de fleurs coupées qui franchissent la frontière.

Cette page reprend ces données brutes pour l'année 2025, la dernière année complète disponible, et en tire ce qui intéresse réellement quelqu'un qui achète un bouquet : quels pays fournissent le marché, à quel moment de l'année les fleurs importées affluent, et pourquoi le mois de commande change le contenu du bouquet plus sûrement que le budget.

D'où viennent les chiffres de cette page

La source est le jeu de données « Marchandises : commerce extérieur par numéro de tarif / pays » publié en accès libre par l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF). Il couvre les importations mensuelles depuis 1988. Les fleurs coupées fraîches destinées aux bouquets et à l'ornement relèvent de la position tarifaire 0603, dont les sous-positions 0603.11 à 0603.19 pour les fleurs fraîches et 0603.90 pour les fleurs séchées ou préparées.

Nous avons extrait l'intégralité des lignes de la position 0603 du fichier d'importation, soit 38 362 enregistrements mensuels par pays sur l'ensemble de la période publiée, et agrégé l'année 2025. Toutes les lignes de 2025 portent le statut « définitif » dans le fichier de la douane, extraction du 12 août 2026. Les totaux ci-dessous sont donc calculés, pas repris d'une publication tierce.

Une précision de lecture est indispensable. Le pays enregistré par la douane est le partenaire commercial au dédouanement, c'est-à-dire le pays d'où la marchandise arrive en Suisse. Ce n'est pas nécessairement le pays où la fleur a poussé. Les Pays-Bas hébergent les grandes bourses aux fleurs européennes, qui redistribuent aussi des fleurs cultivées ailleurs. Une rose comptée comme néerlandaise à la frontière suisse peut avoir été cultivée sous d'autres latitudes. Les chiffres qui suivent décrivent donc des circuits d'approvisionnement, pas des lieux de culture.

18 228 tonnes de fleurs fraîches importées en 2025

En 2025, la Suisse a importé 18 228 tonnes de fleurs coupées fraîches, pour une valeur de 190,4 millions de francs au dédouanement. Cela représente une valeur moyenne de 10,45 francs le kilo, avant transport intérieur, marge du grossiste, marge du fleuriste et TVA. Les fleurs séchées ou préparées ne pèsent que 127 tonnes, moins de 1 % du volume.

Trente-huit pays apparaissent dans les statistiques d'importation de l'année. Quatre concentrent 98,7 % du volume.

Pays de provenance Volume 2025 Part du volume Valeur au dédouanement
Pays-Bas 12 718 t 69,8 % 11,01 CHF/kg
Kenya 3 346 t 18,4 % 7,77 CHF/kg
Équateur 1 122 t 6,2 % 10,48 CHF/kg
Italie 800 t 4,4 % 12,67 CHF/kg

Les 34 autres pays se partagent 1,3 % du volume. On y trouve la France, l'Afrique du Sud, la Colombie, l'Allemagne, la Türkiye, le Portugal ou la Thaïlande, chacun sous 70 tonnes annuelles.

Les roses : le Kenya a doublé sa part en dix ans

Les roses représentent 5 820 tonnes, soit 31,9 % du volume importé. C'est la seule espèce que la douane isole avec un poids aussi net, avec les oeillets, les orchidées, les chrysanthèmes et les lis. Le reste, 59,6 % du volume, tombe dans les catégories résiduelles « autres fleurs et boutons de fleurs », dans lesquelles la douane range aussi les tulipes en période hivernale.

Sur les roses, la répartition ne ressemble pas à celle de l'ensemble du marché. En 2025, le Kenya fournit 54,0 % des roses fraîches importées, les Pays-Bas 28,2 % et l'Équateur 17,0 %. En comparant trois années dans le même fichier, on voit un basculement continu : le Kenya pesait 33,0 % des roses importées en 2015, 43,6 % en 2020, 54,0 % en 2025. Sur la même période, la part néerlandaise recule de 31,6 % à 28,2 %, et le volume total de roses importées baisse de 6 667 à 5 820 tonnes.

La valeur au dédouanement suit la même logique : 7,73 francs le kilo pour les roses arrivant du Kenya, 13,70 francs pour celles qui passent par les Pays-Bas. L'écart ne dit rien de la qualité en vitrine, mais il explique pourquoi la rose longue tige d'entrée de gamme et celle du fleuriste de quartier ne viennent pas forcément du même circuit.

La saisonnalité que personne ne vous explique

C'est la partie la plus utile pour un acheteur, et c'est celle que les données révèlent le mieux. Les importations de fleurs fraîches ne sont pas réparties uniformément sur l'année, et elles ne suivent pas l'intuition courante.

Sur les quatre premiers mois de 2025, la Suisse a importé 7 577 tonnes de fleurs fraîches, soit 41,6 % du total annuel. Sur les quatre mois de juin à septembre, seulement 4 565 tonnes, soit 25,0 % du total. Le mois de mai atteint 2 090 tonnes, le mois de juillet 1 008 tonnes. Entre les deux, le volume importé chute de 52 %.

Mois 2025 Volume importé Part de l'année
Janvier1 646 t9,0 %
Février1 981 t10,9 %
Mars1 992 t10,9 %
Avril1 959 t10,7 %
Mai2 090 t11,5 %
Juin1 187 t6,5 %
Juillet1 008 t5,5 %
Août1 147 t6,3 %
Septembre1 223 t6,7 %
Octobre1 315 t7,2 %
Novembre1 223 t6,7 %
Décembre1 458 t8,0 %

Ce creux estival n'est pas un accident de l'année 2025. En calculant le même rapport sur les cinq dernières années, le volume de juin à septembre représente entre 54 % et 60 % de celui de janvier à avril, chaque année sans exception : 0,59 en 2021, 0,54 en 2022, 0,59 en 2023, 0,57 en 2024, 0,60 en 2025. La structure est stable.

Pourquoi les importations s'effondrent en été

Deux causes se cumulent, et l'une des deux est écrite dans le droit fédéral.

La première est la production suisse. Les cultures indigènes de fleurs coupées produisent en pleine terre de l'été à l'automne. Quand elles approvisionnent le marché, la demande d'importation diminue mécaniquement.

La seconde est douanière. L'ordonnance sur l'importation et l'exportation de légumes, de fruits et de plantes horticoles (RS 916.121.10) fixe à son article 12 que la période contingentaire des fleurs coupées, le contingent tarifaire numéro 13, court du 1er mai au 25 octobre. Cette période correspond exactement à celle de la production suisse. Hors de cette fenêtre, du 26 octobre au 30 avril, les fleurs coupées entrent sans ce régime.

Le découpage se lit directement dans la nomenclature douanière. Pour les roses, les oeillets, les orchidées, les chrysanthèmes et les lis, la douane utilise trois numéros distincts : importation dans les limites du contingent du 1er mai au 25 octobre, importation hors contingent sur la même période, et importation du 26 octobre au 30 avril. Autrement dit, l'État suisse a inscrit dans son tarif douanier la saison où les producteurs locaux sont en mesure de fournir.

Un détail des chiffres 2025 mérite d'être signalé : sur la période contingentée, les importations hors contingent restent marginales. Pour les cinq espèces nommées, 3 447 tonnes sont entrées dans les limites du contingent contre 24 tonnes hors contingent. Le contingent n'est donc pas saturé au point de forcer les importateurs à payer le taux hors contingent, plus élevé.

Ce que cela change pour votre commande

Ces chiffres se traduisent en décisions concrètes au moment de commander.

De juin à septembre, laissez le fleuriste choisir. C'est la période où l'approvisionnement importé est au plus bas et où l'offre locale est à son maximum. Demander une variété précise vue sur une photo prise en février revient à demander au fleuriste d'aller chercher une fleur hors de son circuit du moment. Une intention de couleur et d'ambiance donnera un meilleur résultat. Le guide fleurs de saison en Suisse détaille ce que cela signifie concrètement selon la saison.

Autour de la Saint-Valentin, anticipez. Février est le deuxième mois d'importation de l'année en volume, et le mois où la valeur au dédouanement des roses est la plus élevée : 12,94 francs le kilo contre 9,11 francs en juillet, soit 42 % de plus. Cette hausse s'observe à la frontière, avant toute marge commerciale. Elle explique pourquoi le prix d'un bouquet de roses monte à cette période sans que le fleuriste ait rien changé à sa marge. Le détail mois par mois, et la vérification que cet écart est bien une hausse de prix et non un changement de composition du panier importé, figurent dans notre analyse du prix des fleurs selon la saison. Le guide fleurs pour la Saint-Valentin et la page prix et frais de livraison complètent ce point.

Si l'origine compte pour vous, posez la question directement. La Suisse n'impose pas au commerce de détail d'afficher le pays d'origine des fleurs coupées. Rien ne permet de déduire l'origine d'un bouquet depuis une vitrine ou une page de commande. La seule méthode fiable est de demander au fleuriste avant de payer, et de le faire pendant la saison locale si vous cherchez des fleurs suisses. Nos pages fleuristes à Genève et fleuristes à Lausanne listent des commerces à qui poser la question.

Ne confondez pas provenance et empreinte. Une fleur arrivée par avion d'Afrique de l'Est et une fleur cultivée sous serre chauffée en Europe n'ont pas le même bilan, et le classement entre les deux dépend de la méthode de calcul et de la saison. Cette page ne tranche pas cette question, faute d'une source officielle suisse chiffrée que nous ayons pu vérifier.

Ce que ces données ne disent pas

Trois limites doivent être posées, parce qu'elles sont souvent ignorées quand ces chiffres circulent.

La statistique douanière mesure des flux à la frontière, pas des ventes en magasin. Elle ne contient aucune information sur la production suisse, qui n'est par définition pas importée. La part réelle des fleurs suisses dans un bouquet acheté en Suisse ne se déduit donc pas de ce fichier. Les estimations de branche qui circulent varient fortement selon les sources, et aucune statistique fédérale de production de fleurs coupées n'est publiée à un niveau de détail permettant de l'affirmer ici.

Les quantités sont exprimées en kilogrammes. Une tige de rose et une tige de gypsophile n'ont pas le même poids, donc les parts en volume ne se convertissent pas en nombre de tiges. Le fichier prévoit un champ d'unité supplémentaire, mais il est vide pour la position 0603 sur l'année 2025, ce qui interdit tout comptage en pièces.

Enfin, la valeur au dédouanement n'est pas un prix de vente. Elle exclut le transport intérieur, les marges de la grossiste et du fleuriste, ainsi que la TVA. Elle sert à comparer des flux entre eux et à observer des variations dans le temps, pas à estimer le prix d'un bouquet en vitrine.

Sources consultées

Chiffres calculés le 25 août 2026 à partir du fichier d'importation de l'OFDF. Les données de la douane sont révisées périodiquement ; les valeurs de l'année en cours restent provisoires jusqu'à leur consolidation.