Fleurs à l'hôpital en Suisse romande : ce qui est accepté en chambre

Un bouquet envoyé à l'hôpital passe par une porte de plus qu'une livraison ordinaire : celle du service de soins. Les six réseaux hospitaliers publics de Suisse romande publient tous une règle sur les fleurs, et cette règle est plus homogène qu'on ne l'imagine sur le fond, mais elle diffère nettement sur les exceptions et sur les heures auxquelles quelqu'un peut réellement recevoir le bouquet.

Cette page rassemble ce que chaque réseau écrit noir sur blanc, ce que dit le référentiel d'hygiène appliqué aux hôpitaux et aux EMS vaudois secteur par secteur, et les conséquences concrètes sur la commande.

La règle commune : fleurs coupées oui, terre non

Les six réseaux publics romands convergent sur un point : la terre est refusée en chambre, les fleurs coupées ne le sont pas. Les HUG l'écrivent dans leur page sur le confort du patient, en précisant que l'interdiction des plantes en terre ne concerne pas les fleurs coupées. Leur guide des proches donne la raison, la terre contient des microbes qui peuvent être dangereux pour certains patients. Le CHUV formule la même chose dans l'autre sens, sur la page de son fleuriste : les plantes vertes ne sont pas autorisées dans les étages hospitaliers pour des raisons d'hygiène, et la page invite explicitement à offrir des fleurs coupées.

Fribourg, Neuchâtel, le Valais et le Jura utilisent presque la même phrase : pour des raisons d'hygiène, seules les fleurs coupées sont autorisées dans les chambres.

La divergence se joue ailleurs, sur les soins intensifs et sur la taille du bouquet.

Réseau Ce que la règle publiée autorise en chambre Soins intensifs
HUG, Genève Plantes en terre interdites, fleurs coupées explicitement hors de cette interdiction. Pas de règle spécifique publiée sur les fleurs.
CHUV, Lausanne Plantes vertes interdites dans les étages hospitaliers, fleurs coupées recommandées. Pas de règle spécifique publiée sur les fleurs.
HFR, Fribourg Seules les fleurs coupées. Des vases sont mis à disposition dans les couloirs des étages. Pas de règle spécifique publiée sur les fleurs.
RHNe, Neuchâtel Seules les fleurs coupées, avec une demande explicite de préférer de petits bouquets. Fleurs refusées aux soins intensifs et en salle de réveil.
Hôpital du Valais Seules les fleurs coupées. Fleurs refusées aux soins intensifs, et aux soins continus sur le site de Sion.
H-JU, Jura Seules les fleurs coupées. Fleurs refusées aux soins intensifs.

Trois réseaux sur six écrivent donc noir sur blanc que les fleurs n'entrent pas aux soins intensifs. Les trois autres ne publient rien sur ce point précis, ce qui ne veut pas dire que le bouquet passera : cela veut dire que la réponse se demande au service.

Deux détails pratiques méritent d'être retenus. À Fribourg, l'HFR met des vases à disposition dans les couloirs des étages, donc un bouquet livré sans contenant y trouve une solution sur place. À Neuchâtel, la demande de petits bouquets figure dans la règle elle-même, et pas seulement dans un conseil de fleuriste.

Le détail que le référentiel d'hygiène change tout : la mousse et l'eau

Derrière la phrase courte affichée aux visiteurs, il existe un document technique beaucoup plus précis. La fiche Entretien de fleurs et plantes en milieu de soins du programme Hygiène, prévention et contrôle de l'infection s'applique aux hôpitaux de la Fédération des hôpitaux vaudois, aux cliniques, aux centres de traitement et de réadaptation, aux EMS et aux cabinets. Elle raisonne non pas par produit, mais par substrat, c'est-à-dire par ce qui retient l'eau autour des tiges.

Le classement importe parce qu'un bouquet du commerce n'est pas toujours un simple bouquet. Une composition piquée dans de la mousse florale, un vase à billes de gel décoratif ou une plante en hydroculture appartiennent à des catégories différentes du même document.

Secteur de soins Pot avec terre Vase à eau ou mousse Billes, gel ou écorce
Chambre individuelle ou commune ordinaire Non Oui Oui
Pédiatrie Non Oui Oui
Obstétrique Non Oui Oui
Soins intensifs et continus, service des brûlés Non Non Non
Chambre d'oncologie, isolement protecteur, patient transplanté Non Non Non
Néonatologie et pouponnière Non Non Non
Bloc opératoire, salle de soins Non Non Non

La fiche justifie ces refus par les micro-organismes que les substrats humides peuvent héberger, notamment des bactéries de la terre et de l'eau et des champignons du genre Aspergillus. Elle proscrit strictement les arrangements floraux dans les services accueillant une population vulnérable sur le plan immunitaire : hématologie, oncologie, transplantation, brûlés, soins intensifs, néonatologie.

Deux conséquences pour la personne qui commande. Premièrement, en chambre ordinaire, une composition en mousse n'est pas plus interdite qu'un bouquet en vase par ce référentiel, contrairement à ce que laisse entendre l'idée reçue selon laquelle tout ce qui n'est pas un bouquet est refusé. Deuxièmement, dans un service d'oncologie ou de greffe, le refus ne porte pas seulement sur la terre : il porte sur toutes les formes, y compris le simple vase d'eau. Dans ces services, aucun choix de bouquet ne règle le problème, et seul un autre geste fonctionne.

La même fiche décrit ce que fait le personnel une fois les fleurs en chambre : changer l'eau chaque jour, vider l'eau au vidoir et non dans la chambre à cause des risques d'éclaboussures, sortir fleurs et plantes de la chambre la nuit, entreposer les compositions sur des chariots plutôt que sur la table de nuit, et éviter les fleurs à forte senteur pour ne pas incommoder les patients. Un bouquet crée donc du travail. C'est un argument de plus pour un format modeste, et pour un choix peu parfumé.

Les horaires de visite décident de l'heure de remise

Une livraison en chambre n'a de sens que si quelqu'un peut la recevoir ou la transmettre. Les fenêtres publiées par les réseaux romands sont plus étroites et plus contrastées que ne le suppose une commande passée en ligne pour "l'après-midi".

Établissement ou site Fenêtre de visite publiée
HUG, bâtiments Lina Stern et Gustave Julliard Tous les jours de 8h à 20h
CHUV, cadre général Tous les jours de 13h à 20h, les services pouvant fixer d'autres horaires
CHUV, obstétrique et gynécologie De 15h à 20h
CHUV, soins intensifs adultes De 13h à 19h
HFR Fribourg, Riaz et Tafers Tous les jours de 14h à 20h
HFR Meyriez-Murten De 14h à 20h en semaine, de 11h à 20h le week-end et les jours fériés
RHNe De 14h à 20h
Hôpital du Valais, site de Sion De 13h à 16h et de 18h30 à 20h, de 10h à 20h en chambre privée ou individuelle, de 13h30 à 16h en maternité
H-JU, Delémont De 15h à 19h, de 10h à 20h en division privée
H-JU, Porrentruy De 16h à 20h les jours ouvrables, de 14h à 20h le week-end et les jours fériés

L'écart va de 8h aux HUG à 16h à Porrentruy un jour de semaine, soit huit heures de décalage entre deux hôpitaux publics du même pays. Sion coupe même l'après-midi en deux, avec une interruption de 16h à 18h30 en chambre commune. Une livraison prévue "en fin d'après-midi" tombe dans un creux à Sion, arrive trop tôt à Porrentruy et se passe très bien à Genève.

Le bouquet peut souvent être déposé à une réception hors de ces heures, mais c'est alors une remise différée, pas une remise en main propre. Si l'effet de surprise compte, l'heure se cale sur la fenêtre du site concerné, et pas sur la fenêtre standard du service de livraison. Le guide sur la livraison le jour même détaille les contraintes de tournée qui limitent le choix de l'heure.

Un fleuriste sur place, quand il existe

Deux hôpitaux romands abritent un fleuriste dans leurs murs, ce qui simplifie la remise.

Au CHUV, la page des boutiques et services indique que le fleuriste Macky Fleurs est ouvert sept jours sur sept et livre gratuitement dans les chambres. À Sion, l'Hôpital du Valais signale une fleuriste à côté du kiosque du hall d'entrée, ouverte du lundi au vendredi de 9h à 17h, fermée le samedi, ouverte le dimanche et les jours fériés de 13h à 16h. Cette combinaison est contre-intuitive : le samedi, jour de visite fréquent, est justement le jour de fermeture, alors que le dimanche après-midi reste couvert.

Pour Genève et Lausanne, les commerces vérifiés et leurs horaires figurent sur les pages fleuristes à Genève et fleuristes à Lausanne, qui détaillent aussi les règles des cliniques privées des deux villes.

Ce qu'il faut donner au fleuriste

Une adresse hospitalière demande plus de précision qu'une adresse privée. Un réseau comme les HUG ou l'HFR compte plusieurs sites, et un même site compte plusieurs bâtiments. Le nom du bâtiment est souvent l'information qui manque, et c'est celle qui coûte le plus de temps.

  • Le nom complet de la personne, en vérifiant sous quel nom elle est enregistrée. En maternité, l'enregistrement se fait parfois sous un autre nom que celui utilisé au quotidien.
  • Le nom officiel de l'établissement et, s'il y en a plusieurs, le site exact.
  • Le bâtiment, le service et l'étage.
  • Le numéro de chambre s'il est connu, sachant qu'il peut changer pendant le séjour.
  • Un numéro de téléphone joignable, celui d'un proche présent sur place de préférence.
  • La fenêtre de visite du site, pour que la remise tombe dedans.

Le RHNe précise que la réception indique le numéro de chambre au visiteur et l'oriente dans l'hôpital. Une remise à la réception reste donc une option praticable quand le numéro de chambre manque.

Quand les fleurs ne sont pas le bon geste

Trois situations rendent le bouquet inadapté indépendamment du fleuriste choisi.

Les services immunodéprimés. En hématologie, en oncologie, en transplantation, chez les grands brûlés, en néonatologie et aux soins intensifs, le référentiel vaudois proscrit les arrangements floraux sous toutes leurs formes. Aucune variante de bouquet ne contourne cette règle.

Les séjours très courts. Une hospitalisation de deux jours peut se terminer avant que le bouquet n'arrive, et une chambre change parfois de service en cours de séjour. Une livraison au domicile après la sortie évite un bouquet qui suit le patient sans le trouver.

La fatigue. Le RHNe recommande de limiter une visite à vingt minutes hors famille proche, et l'Hôpital du Jura recommande une heure au maximum et deux visiteurs à la fois. Ces recommandations disent quelque chose de l'état des personnes hospitalisées. Un bouquet volumineux à entretenir n'est pas toujours un cadeau, et une carte suivie d'un bouquet au retour à la maison peut être plus juste. Le guide des messages de carte propose des formulations sobres, et la page plante ou bouquet compare les deux formats hors contexte hospitalier.

Les EMS suivent d'autres logiques

La fiche d'hygiène vaudoise couvre aussi les EMS, les établissements psychosociaux médicalisés et les centres médico-sociaux, avec le même classement par substrat. Un EMS n'est cependant pas un service de soins aigus : la chambre est un lieu de vie, souvent occupé longtemps, et la question de l'encombrement se pose différemment de celle de l'hygiène.

Dans le Jura, les visites en EMS et en unité de vie protégée sont libres, sans fenêtre horaire, ce qui laisse toute latitude pour l'heure de remise. Pour un EMS, un appel à la réception reste la manière la plus simple de savoir si un vase est disponible, qui arrose, et si la personne a de la place sur son rebord de fenêtre.

Récapitulatif avant de commander

  • Vérifier que la personne est toujours hospitalisée à la date prévue.
  • Choisir des fleurs coupées, peu parfumées, dans un format modeste.
  • Écarter la terre dans tous les cas, et écarter aussi le vase et la mousse en oncologie, en transplantation, en néonatologie et aux soins intensifs.
  • Regarder la fenêtre de visite du site précis avant de choisir l'heure.
  • Donner le bâtiment et le service, pas seulement le nom de l'hôpital.
  • Demander au service en cas de doute, aucune règle générale ne remplace la réponse de l'unité concernée.

Pour la suite, le guide éviter les erreurs de livraison couvre les points de commande qui ne dépendent pas de l'hôpital, et le guide fleurs de naissance traite le cas particulier de la maternité.

Sources